Amis Auditeurs, il m’arrive de penser à Vous.
Et oui, Vous à qui chaque vendredi depuis 6 mois j’adresse un mot introductif en guise d’éditorial. Et j’ai un désir récurrent chaque semaine, celui de votre présence à l’écoute de cette émission. Et quelle n’est pas ma frustration de ne pas savoir !
Pourtant, tel Sisyphe hissant son rocher au sommet de la montagne, je tente de hisser ma frustration à la hauteur de vos désirs. Et chaque vendredi je recommence.
Mais Oncle Bernard, que sais-tu de nos désirs ?
A vrai dire rien ou si peu, Auditeur Supposé. J’imagine, je suppute, j’envisage façon boule de cristal.
Et chaque vendredi ça recommence et je ne parviens pas à ne pas m’exposer à cette douleur récurrente de mesurer l’écart sans cesse renouvelé entre mes désirs et ma frustration. Heureusement, je ne suis pas le seul à souffrir. Et quand on est tous dans la m… on ne sent plus vraiment les mauvaises odeurs.
Par exemple, à un an des élections présidentielles, on aimerait que la Gauche soit unie. Pas parce que on est soi-même de gauche, mais sur la photo ça serait plus joli. On aurait la Gauche à gauche, la Droite à droite, les extrêmes tout au bord du cadre et le Centre au milieu par définition . En voilà d’un beau désir ! Un désir d’Avenir ! C’était pas un slogan ça ?
Bon pour ce qui est d’évaluer la frustration, y’a cas regarder la tête du photographe, je veux dire celle du citoyen. C’est pas certain qu’un de ces jours il n’abandonne pas le métier.
On pourrait multiplier les exemples de souffrance engendrée par l’écart entre le désir et la frustration.
Au hasard, la crise sanitaire, on a tous envie d’en sortir mais quand on voit les moyens employés et comment on se comporte, on n’a pas le cul sorti des ronces ! Mais là je laisse tomber, je souffre trop.
Ça doit être ça la Condition Humaine : « Entre ici Jean Moulin… » sauf que moi je ne serai jamais panthéonisé parce que ma résistance à la torture s’arrêtera aux limites du désir de dénoncer mes petits camarades chroniqueurs.
Parce que s’ils n’étaient pas là et il n’y aurait pas de Culture 5.
Et alors là, quelle frustration !
Bernard LAURENT